Cinq jours là-bas et une envie satisfaite, mais loin d'être rassasiée : une fois les pieds posés en Chine, j'ai l'impression qu'il est difficile d'en partir. Mais comme il faut parfois se contenter du "peu", je reviens de Shanghaï et Suzhou des étoiles plein les yeux et heureuse de ce petit voyage que je m'apprête à vous conter...
Après avoir posé mon sac à l'auberge de jeunesse et demandé quelques infos, je suis partie longer le Bund (Waitan), un terme anglo-indien, qui désigne un quai sur une rive boueuse. Emblématique de Shanghaï, le Bund constitue une vue grandiose. Pour les Européens, il était jadis l'avenue boursière de Shanghaï, où se faisaient et défaisaient les fortunes. Désormais, ce sont des foules de touristes, Chinois et étrangers,, qui passent devant les portes de ces somptueux édifices et contemplent Pudong depuis la promenade longeant le fleuve. D'un côté, les vestiges d'un passé, mélange de néoclasicisme new-yorkais des années 1930 et d'architecture monumentale antique, et de l'autre, la géométrie futuriste de Pudong.
Dans une rue perpendiculaire au Bund


Pudong


C'est de cet hôtel (à gauche, les Broadway Mansions) que le Foreign Correspondents' Club a pu, grâce à la vue imprenable, décrire le bombardement japonais de la ville en 1937. Il servit ensuite de quartier général à l'armée japonaise durant la Seconde Guerre mondiale.

Un peu plus tard dans la soirée

Le lendemain matin, déambulations dans la vieille ville, non loin du jardin Yu. Avec ses recoins ombragés, ses étangs peuplés de carpes (poisson d'or, selon la traduction chinoise), ses pavillons, ses pins poussant dans la rocaille, ses bambous et ses bosquets de jasmin, ce jardin est l'un des sites que j'ai préferé. La famille Pan, riches dignitaires de la dynastie Ming, créa ce jardin, dont la réalisation demanda 18 ans (1559-1577). Il fut saccagé par les troupes françaises en représailles des attaques de Taiping contre la concession française lors de la guerre de l'Opium. Restauré, c'est un bel exemple de jardin Ming.
La vieille ville







Le jardin Yuyuan















Ensuite, je suis allée me promener dans le quartier de la concession française, et plus précisément à Xintiandi, où plusieurs pâtés de maisons basses à shikumen du début du XXème siècle ont été joliment rénovées, avec une touche de modernisme.





Ces maisons shikumen constituent un style architectural unique. Elles ont été construites afin de loger les gens riches de Zhejiang et de Jiangsu qui se sont réfugiés dans les concessions étrangères de Shanghaï en 1853. Pour utiliser un espace restreint au maximum, les architectes se sont inspirés de l'architecture européenne et traditionnelle chinoise, typique de la région environnant la rivière Yangtze. En résulte une fusion de ces deux styles. Les maisons shikumen sont par la suite devenues très populaires à Shanghaï, où 60% des résidents y vivaient des années 1850 aux 1940's. L'une d'entre elle était ouverte. L'intérieur est à l'image de l'extérieur, une rencontre entre Orient et Occident.

Après cette visite, une autre a suivi, celle du site du premier congrès du PC, du 21 au 30 juillet 1930. 13 participants représentaient 53 membres du parti, dispersés dans tout le pays. C'est durant ce congrès qu'on été adoptés le Programme du Parti et la Résolution sur le travail du Parti, qu'ont été élus les leaders du Parti, et qu'a été proclammée la naissance du Parti Communiste Chinois.
Ensuite, je suis allée déjeuner en attendant Hyo-jin. J'ai tenté la petite cantine de rue, là où les nouilles attendent d'être mangées dans une bassine posée par terre et où les "cuisiniers" n'ont pas 12 ans. Evidemment, ces gosses m'ont regardé avec des yeux plein d'incompréhension, mais m'ont finalement servi des nouilles dans un bol en plastique, qu'ils m'ont regardé manger en rigolant. Petit moment de solitude, assise sur ma chaise en plastique et essayant tant bien que mal de sourire tout en avalant bien-vite-et-en-pensant-à-autre-chose!



J'ai été super contente de tomber dans les bras de Hyo-jin une heure plus tard. Ca m'a fait tellement plaisir de la revoir! Elle m'a emmenée dans le centre artistique de Taikang Lu. Galeries d'art, cafés et boutiques se regroupent au bout d'une ruelle et un entrepôt adjacent abrite des ateliers de créateurs, et des boutiques de déco.






Après un thé et de longues conversations, nous sommes allées manger. Deux pots de soupe bouillaient sur la table et nous y avons ajouté la viande, les légumes verts et les champignons, à tremper par la suite dans une sauce aux cacahouètes... Un délice!

Puis balade digestive sur Nanjing Donglu, considérée comme les Champs Elysées chinois. Piétonnière, cette artère commerçante à l'activité frénétique s'illumine à la nuit tombée et possède plusieurs bâtiments historiques.




On y a rencontré des centaines de Chinois, agitant leurs drapeaux, des stickers rouges en forme de coeur sur les joues. Ils se préparaient à acclamer la flamme olymique, dans les rues de Shanghaï le lendemain.



Alors qu'on se baladait, petit sourire en entendant parler Coréen, chose finalement peu surprenante à Shanghaï. Quelques minutes passent et Hyo-jin réalise qu'ils sont de Corée du Nord. On n'a pas résisté à la tentation d'aller leur parler, vraiment surprises de les voir faire du lèche-vitrine à Shanghaï, leur pins Kim Il Song à la chemise. Souriants, ils nous ont accordés quelques mots, posé des questions, pris des photos de nous et s'en sont allés après nous avoir dit être en business trip.
Le lendemain, la journée a commencé par quelque temps passé dans le Temple de Jade. Bâti entre 1911 et 1918, il compte parmi les rares sanctuaires bouddhiques en activité à Shanghaï.






La salle des Empereurs du Ciel renferme une statue du Bouddha riant dos à dos avec Weituo, le gardien du Bouddhisme.




La salle du Grand Trésor, où les fidèles viennent prier les Bouddhas du passé, du présent, et du futur assis sur des trônes magnifiquement sculptés.


Pièce maîtresse, le Bouddha de jade, une statue vert pâle haute de 1,90m, se tient à l'étage. Selon la légende, Hui Gen, un moine de Putuoshan, aurait rapporté cinq Bouddhas de jade de Birmanie, et aurait sollicité des dons pour leur édifier un temple.


La statue couchée d'un Bouddha de jade


Non loin du temple (enfin c'est ce que je croyais, 45 minutes de marche sous un soleil de plomb à 12h m'ont prouvé le contraire!), se trouve un entrepôt désaffecté où des dizaines de galeries et d'ateliers d'artistes ont pris place, le 50 Moghanshan Lu. Je me suis régalée d'art contemporain chinois, que j'aime beaucoup.



Quelques heures plus tard, j'ai finalement retrouvé Hyo-jin et nous sommes parties nous balader dans le parc Lu Xun. Un parc "habité", qui prend vie grâce à de petits groupes qui y font de la musique, dansent et chantent. D'autres bavardent, pendant que certains dorment ou s'exercent aux arts martiaux...






Balade dans la rue culturelle Duolun. Cette rue, bordée de maisons anciennes restaurées, fut autrefois habitée par plusieurs écrivains chinois renommés et des généraux du Guomintang. Elle est aujourd'hui jalonnée de boutiques de fournitures artistiques, de galeries et de librairies, de salons de thé, ainsi que des statues des écrivains Lu Xun et Guo Moruo.




Une église, au style pour le moins contrasté



La journée s'est achevée par un petit dîner trop bon : de la viande très tendre, du riz frit, et des endives grillées dans une sauce un peu sucrée...
Le lendemain, en attendant Hyo-jin pour déjeuner, je me suis baladée sur la place du Peuple, un immense parc bordé par le musée de Shanghaï, le Grand Théâtre et le Centre d'Exposition de l'urbanisme de Shanghaï (que je n'ai pas eu le temps de visiter!).

Dans le parc, de curieuses petites annonces de célibataires en mal d'époux ou d'épouses sont affichées...

Un peu plus loin...

Découragée par la queue devant le musée du Shanghaï, qui avait l'air génial, je me suis dirigée dans une partie de la concession française que je ne connaissais pas. L'architecture y est vraiment intéressante, les édifices Art Déco donnant un grand charme au quartier.


Mais cette enclave reste très bourgeoise, et j'en suis partie plus vite que prévu. Pour changer radicalement d'atmosphère puisque je suis allée au Centre de l'affiche de propagande, qui possède une collection de 3000 affiches originales des années 1950 à 1970, âge d'or de la propagande maöiste. Installé au sous-sol d'un immeuble en plein quartier résidentiel, ce petit musée a des allures d'endroit secret qui a été bien difficile à dénicher. Mais sa collection m'a vraiment impressionnée.


Une affiche représentant la Chine au secours de la Corée du Nord pendant la Guerre de Corée.




J'ai finalement retrouvé Hyo-jin ensuite, et nous sommes allées nous délecter de dumplings dans la rue des snacks, réputée, et à juste titre!



Quelques heures plus tard, nous voilà au Shanghaï Centre Theatre pour un spectacle d'acrobatie fantastique. Les troupes d'acrobates de Shanghaï comptent parmi les meilleurs du monde et nous n'avons pas été déçues. Mais les photos sont franchement nulles alors vous n'aurez qu'à imaginer les pyramides de chaises, les petites acrobates qui s'envolent si haut sans trembler, le monsieur et ses roues sur un fil, sans oublier celui qui faisait danser sur sa tête un pot en céramique... Bref, retour à l'auberge le sourire aux lèvres en repensant à ce spectacle, similaire à ceux qui me faisaient rêver lorsque, petite, je les regardais à la télé...